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NINJA DE L’ENVOL : un poulain pugnace à l’ascension expresse

Le 20 mars, l’hippodrome de Vincennes réouvrait ses portes. Pour cette première réunion du meeting de printemps, les attractions majeures du jour, deux Groupes 2, les Prix Félicien Gauvreau et Ali Hawas, appelaient les 3 ans sous la selle. Une jeune promotion qui, d’emblée, a fait doublement écho à nos ventes de yearlings, Ninja de l’Envol poursuivant son ascension expresse chez les mâles tandis que Nizza Rocca, également montée sur notre ring à l’automne 2024 (retirée par son vendeur), s’est montrée très tenace pour enlever la palme chez les pouliches.

Présenté par l’Écurie Foxglen, Ninja de l’Envol fut adjugé par le commissaire-priseur caennais, pour la somme de 20 000 €, le vendredi 20 septembre 2024. Mais il fut « renvoyé en raison d’un bout d’os décelé lors de la visite d’achat » comme l’a indiqué son éleveur-vendeur à la Presse. Aussi, le premier poulain dont est le naisseur Pierre-Antoine Petit prit la direction du centre d’entraînement de Pascal Castel. À l’image quelques saisons plus tôt de Guide Moi Forgan et de Jean Balthazar, deux sujets classiques acquis eux aussi sur notre place caennaise et ayant maintes fois fait briller parmi l’élite la casaque de Sandrine Loncke, mère de l’éleveur et co-propriétaire du jeune champion.

Une affinité de sangs très remarquable

Un jeune champion qui, sous la poigne de Guillaume Martin, également jockey attitré deJean Balthazar depuis son succès dans le Prix des Centaures 2025, a, dans le Prix Félicien Gauvreau, dirigé les opérations à allure régulière, puis s’est détaché dans le dernier tournant en compagnie du favori Nickel de Baille, lequel venait de le devancer tout à la fin dans le Groupe 3 monté Prix Edouard Marcillac qu’il avait déjà animé. Au sprint, si le précité s’est assuré un moment l’avantage, Ninja de l’Envol, pugnace, a mis un coup de reins triomphateur dans les derniers décamètres du parcours. Et nous nous rappelons aussi de son finish, dans un excellent style, lors de sa quatrième place à l’attelage début février dans le Prix Léopold Verroken, Groupe 3 bien composé. Une aptitude au sulky précédemment montrée lors de sa qualification en 1’19’’8 à Caen en mai 2025, puis, après avoir fait ses classes en province, sur le mâchefer parisien en enlevant, en décembre et janvier, deux épreuves « à réclamer » où ses propriétaires eurent la bonne idée de débourser à chaque fois 5 000 € pour le défendre. Elle est donc originale et belle l’histoire de ce trotteur né de l’union de Uriel Speed et de la non qualifiée Iakora, et dont le pedigree associe, en lignée mâle de chaque côté, les sangs à l’affinité très remarquable de Indy de Vive, l’auteur d’un certain Ready Cash, et de Love You.

L’empreinte de Chambon P

Gagnant semi-classique à l’attelage et auteur de plusieurs chevaux de Groupe 1, dont Geisha Speed (Prix de l’Île-de-France 2024), Uriel Speed est donc un fils de Indy de Vive, par Viking’s Way, grand sire américano-français passé à la postérité en procréant Ready Cash, et de la triple lauréate parisienne au monté Tékiflore, une fille du talentueux Képi Vert (Chambon P) appartenant à la fameuse souche de Dourga II, mère deRangone, d’où Dream With Me, et ascendante également d’Arnaqueur, Giesolo de Lou, Daguet Rapide (It.), Oyonnax, Rombaldi… Quant à la mère d’Uriel Speed, Nadia Speed, elle est née de l’inoubliable compétiteur Ténor de Baune, prolongateur du champion monté Le Loir (Chambon P), et de la performante Tania Speed (5 victoires dont 2 à Vincennes, sous la selle – placée de Groupe 3 – 185 K€ de gains), laquelle a pour grand-père maternel… Chambon P. D’où, chez Nadia Speed, un retour 3×3 sur celui qui fut, sans discontinuer, tête de liste de nos étalons Trotteur Français de 1981 à 1990.

Et le polyvalent classique fils de Kerjacques, devenu comme son père chef de race, est présent une quatrième fois dans le tableau généalogique à 6 rangs du héros de cette chronique. Ce via la mère de celui-ci, Iakora, fille du grand géniteur Love You (fils de Coktail Jet présent dans le Top 5 de nos reproducteurs depuis 2008 et sur le podium annuel des pères de mères depuis 2020) et de la double lauréate vincennoise à 3 ans Bériana, issue du reproducteur classique Rolling d’Héripré (un Dahir de Prélong descendant de la grande matrone Héra de Bellouet)et de Izecia. Cette Izecia, lauréate dès ses débuts mais qui ne courut qu’à sept reprises, avait pour auteur le précoce placé semi-classique Cash d’Occagnes, par l’influent Standardbred Workaholic et Ode de Retz, fille de Chambon P qui est par ailleurs l’aïeule des gagnants semi-classiques et étalons Password et Very Pleasant.

La souche de Substance   

Venons-en maintenant à l’origine de la souche maternelle de Ninja de l’Envol, la jument Substance (1940), laquelle légua à la race Léopard (Prix René Palyart et Louis Tillaye) et Nébuleuse MM (deux accessits semi-classiques, 4e des Prix des Élites et des Centaures), aïeule d’Orchestra (3 victoires et 10 accessits en région parisienne). Mais c’est Huchette, sœur aînée de ces deux éléments de valeur, qui a véritablement tracé. Ainsi, celle-ci est devenue, via Ursula du Chalet (1964), l’aïeule de Kotonou (12 succès de 3 à 5 ans dans le Sud-Est ou le Sud-Ouest), et via Capucine S (1968), la 4e mère de Roc Noir (septuple gagnant provincial et placé parisien) et la 5e mère de Hollywood Torino (octuple lauréat cinq fois à l’honneur à Divonne-les-Bains). Mais la branche s’est essentiellement développée à partir de Iviana (Alexis III) (1974), auteure entre autres de Alboran (112 K€ – 9 victoires dont 1 à Enghien, 1 à Vincennes – aux dépens d’Abricot du Laudot – et 5 à Cagnes-sur-Mer) et de deux femelles l’ayant bien prolongée :
Orticia (1980), titulaire de 8 succès et de nombreux accessits dans le Sud-Ouest, génitrice de Ezira (gagnante à Enghien et placée à Vincennes à 3 ans), d’où Naziro (12 victoires – 110 K€), et de Izecia, citée plus haut, à laquelle on doit, outre Bériana, ses aînés Palmer (1 succès et 3 accessits en région parisienne) et Torestrella (3 victoires), d’où Forestrello (110 K€ – 8 succès).

Hygia (1995), placée à Vincennes à 2 et 3 ans vue peu de fois en compétition, mère de l’intéressant trio Riverton (11 succès – 200 K€) Azafran (10 victoires – 203 K€) Gualamo (7 succès – 88 K€) et grand-mère de Hansford (4 succès dont un à Vincennes) et Joyeux d’Ouxy (6 victoires).

La famille de l’américaine Ex-Substance

Puis retournons à Substance. Née de la jument base de la famille, Ex-Substance (1926), par Intermède, gagnant semi-classique au monté et père de lafameuse Uranie, et l’américaine The Substance (1912), elle eut un cadet talentueux, Éjadon (1948), lequel s’illustra à l’international (Preis der Besten et Grosser Preis von Bayern à Munich, Åby Stora Pris à Göteborg, 2e du C.Th. Ericssons Memorial et 3e de l’Elitloppet à Solvalla…) tandis que son aînée Quintessence a laissé une très riche descendance. Ainsi, celle-ci donna successivement Boiarina (Prix Louis Le Bourg, semi-classique) et Chuchundra (6 succès semi-classiques, 2e du Prix de Cornulier 1952) qui allait devenir la génitrice du talentueux coursier Nivôse (Critérium des Jeunes, Prix Capucine, placé des Prix des Centaures et de Vincennes) et voir également ses gènes se disséminer via ses deux uniques filles propres sœurs du reproducteur précité :
Marixa (1956), mère de Karidaxa, gagnante parisienne auteure d’un excellent trio féminin composé de Tina de Retz (136 K€ – 4 accessits semi-classiques), respectivement mère et aïeule des italiens Zucchero OM (399 K€ – Gran Premio d’Europa 2000) et Giordy Bi (200 K€ – Grand Premio Elwood Medium – Gr.2), de Unwisdom (273 K€ – 2e du Prix du Calvados), génitrice de Harrigari (7 succès dans le Sud-Ouest), d’où Runner Bean (86 K€) et Txabarri (84 K€), et de Corrida de Retz(126 K€) qui enleva le semi-classique Prix Une de Mai, puis se distingua au haras avec Jolie Petite (89 K€), Le Liberty (273 K€ – 11 réussites dont 5 à Vincennes), Papeete (59 K€), d’oùJalendra de Malac (311 K€ – 12 succès), placée de Groupe 3 après avoir, de septembre 2024 à mai 2025, aligné 8 bâtons, Quatre de Cœur(104 K€) et Santon (282 K€ – à 18 reprises à l’honneur, dont deux fois dans des Quintés). Et cette Corrida de Retz est devenue l’aïeule également de Top Girl (101 K€), d’où Joker du Midi (114 K€), et de l’inusable Apéro du Midi (148 sorties – 248 K€).

Ops (1958), mère du placé semi-classique Alcazar et prolongée par Urielle, d’où le mâle Daï But (10 accessits sous la selle à Vincennes à l’âge de 3 ans) et les femelles Élisa de la Vallée (1970) et Infliction (1974). Et si à la cadette se rattachent notamment les frères utérins Durvalo (561 K€), lauréat de deux étapes du G.N.T. 1999 et 4e de deux « B » préparatoires au Prix d’Amérique, et Erythos(273 K€), ainsi que plus près de nous Urtikaline(235 K€), aïeule du 5 ans gagnant à Vincennes Letikalin (73 K€), et Borigano(112 K€), l’aînée procréa La Gauloise(3 accessits semi-classiques), mère de Gauloise du Pont(72 K€ – aïeule de Justin Wood– 106 K€) et avant elle Ida la Brune. Une Ida la Brune aïeule de Jubilant Romanée (131 K€) et, via Salsa des Quartes (Chambon P), d’Héroïne du Corta, auteure de Ninon de Forges (204 K€) et Sarah de Forges (106 K€), et d’Idée du Corta (Battling Joe par Speedy Crown) qui allait se révéler une poulinière d’exception. En témoignent les plus de 5,8 M€ de gains glanés par sa descendance qui compte deux champions, Quokine Berry(890 K€), lauréate du Prix des Centaures 2008 et de 8 Groupes 2, et Hooker Berry(1,85 M€), au palmarès duquel figurent 1 victoire et 8 accessits de Groupe 1 ainsi que 8 succès et 12 accessits de Groupe 2. Et si Osaka Berry(263 K€), la mère du vainqueur du Prix d’Amérique 2023, a donné aussi les placées de Groupe 3 Darling Berry(304 K€) et Éliska Berry(368 K€) ainsi que Falcao Berry(330 K€), cinq autres trotteurs véhiculant le sang de la « poule aux œufs d’or » de l’élevage Aladenise sont également montés sur des podiums classiques et/ou semi-classiques, à savoir Paolo Berry(208 K€),Téquila Berry(374 K€) et sa fille Gloria Berry(217 K€),Dayana Berry(431 K€) et Kimbo Berry(143 K€)

Par ailleurs, trois autres filles de Quintessence ont également laissé leur empreinte dans le Stud-Book Trotteur Français :
Hikka Tikka (1951), jument ayant bénéficié d’un remarquable relais nommé Ica de la Vallée,laquelle a été prolongée par deux filles. D’une part Ondine de Mai (8 accessits parisiens de 2 à 4 ans), aïeule de Ourasi du Hocquet (254 K€) et de Aprion (429 K€), gagnant d’une étape du G.N.T. ; bisaïeule d’Attaque Parisienne (380 K€), placée de Groupe 3 ; 4e mère de Indiana Tess (120 K€), jument en plein boom à 8 ans. D’autre part Sauvage de Mai, lauréate provinciale, mère du placé de Groupe 3 Drakkar Jiel (251 K€) et aïeule de Nuit Irisée (194 K€), montée sur un podium semi-classique avant de procréer le classique Cobra Bleu (494 K€), vainqueur du Prix Albert Viel 2015 et 2e du Critérium des 3 Ans, étalon, et Galinette Bleue (204 K€), titulaire de 15 succès dont un à Enghien.

Isadora (1952), continuée par Sola III, génitrice d’Oiselle du Parc, placée à Enghien à 3 ans, mère entre autres de Elmonica (126 K€), triple gagnante en région parisienne où s’est placé son fils Tréhic (114 K€), et de Julietta, auteure de l’excellent duo utérin de lauréates de Groupe 3 et placées de Groupe 2 formé de Vulcania de Godrel et Aliénor de Godrel, chacune riche de plus de 500 K€ de gains et ayant entamé positivement leur deuxième carrière en produisant respectivement Kalmia Boss (72 K€) et Kamour (125 K€).

Maïtena (1952), lauréate du semi-classique Prix Édouard Marcillac, mère de Viane, la génitrice de Oudry (2 victoires et 7 accessits à Vincennes en douze sorties de 2 à 4 ans, puis titulaire de deux accessits de Groupe 2 à 6 ans en Belgique, étant notamment devancé par le seul Noble Atout dans le Grand Prix Ferdinand Talpe à Kuurne). Et de Viane descend aussi, outre Ursula Brune (153 K€), Notie du Vallon (165 K€), à l’honneur à Enghien et Vincennes à deux reprises, mère de Come On du Vallon (125 K€) et aïeule des placés de Groupe 3 Jasmin du Vallon (209 K€), étalon, et Kobalt du Vallon (100 K€).